mardi 18 septembre 2018

[Test] Shenmue I et II (PS4)


Comme dit le célèbre proverbe chinois rigoureusement inventé lors de la rédaction de ce test : "C'est en vieillissant que le chêne devient dur". Shenmue I et II sont deux titres portés directement de la défunte console Dreamcast et publiés par Sega sur PlayStation 4. Presque vingt années séparent ainsi la sortie du jeu de cette réédition : l'occasion rêvée de vérifier l'adéquation avec l'adage de cette introduction....

Un rêve de retrogamer


La ville de Yokosuka fait son petit effet, même 20 ans après.

Pour bien comprendre ce qui motive cette réédition pas comme les autres, il faut savoir que Shenmue fut le dernier jeu de Yu Suzuki, un des pères fondateur de l'arcade des années 90. Véritable monument des années 2000, Shenmue I et II furent hélas courronnés d'un échec commercial lors de leur sorties. Le développement n'étant pas rentable pour Sega, l'histoire, découpée en trois volume, se retrouva donc stoppée net... jusqu'à ce qu'un kickstarter officiel relance la machine l'an dernier (NDA : en 2017). Afin de ne pas se retrouver dans un anachronisme total, les deux premiers volets ont donc eu droit à une réédition sur nos consoles modernes, pour le plus grand bonheur  des dames  des fans de SEGA. Pour ma part, je suis soulagé par cette réédition car les sommes demandées pour acquérir le jeu sur Dreamcast, souvent plus d'une centaine d'euros pour l'ensemble des deux volumes, tenaient plus de l'astronomie que du rétrogaming ! L'avantage de cette version PS4 est d'avoir un CD unique là ou les versions Dreamcast obligeaient à jongler avec pas moins de 4 CD pour chaque épisode. Après une courte installation de quelques centaines de Mo, (et la récupération de quelques patchs améliorant 2 / 3 trucs), nous voici donc plongés dans la ville de Yokosuka...

Ryo de Jeanne, héros


Ryo, 18 ans : "Trainer dans les bars mal famés est ma véritable passion depuis que j'ai arrêté les études!"

Ryo Hazuki, fils de Iwao, assiste au braquage de sa maison par une bande de malfaiteurs. Non content de dépouiller la famille Hazuki, un sale type nommé Lan Di en profite pour assassiner Iwao, sous les yeux de son propre fils. Impuissant, le jeune adulte n'aura cesse de cultiver son désir de vengeance, cherchant au passage à comprendre le pourquoi de ces malheureux évènements. Ce scénario en béton est le point fort de Shenmue, véritable point d'accroche du joueur. Comment ne pas s'attacher à ce jeune japonais, à la fois victime d'une horrible tragédie, mais restant digne, stoique et maitre de ses actions quoiqu'il arrive ? Ce scénario au premier degré se veut immédiatement accessible, contrairement à la série des Yakuza, plus complexe, plus torturée, et peut-être moins sincère dans son ensemble.
Au japon, les Yakuza ne sont jamais bien loins...

Ceci étant dit, heureusement que le scénario est en béton. Car soyez averti : ce portage de Shenmue est brut de décoffrage : la maniabilité, les graphismes, les voix : tout est d'origine... donc prévu pour un CRT 4:3 avec des haut-parleurs qui ne riment pas vraiment avec "qualité CD". C'est donc dans son jus qu'il conviendra d'apprécier l'oeuvre, même si les technologies actuelles apportent quand même plusieurs avantages : filtres graphiques, support des modes 16:9 et 4:3, trophées, changement des voix japonaise / anglaise possible à n'importe quel moment, et surtout... un sous-titrage français, qui était attendu par un grand nombre de fans.

Lan Di, vos jambons !


De nombreuses facettes de la culture japonaise traditionnelle sont mises en valeur.

Après avoir pesté pendant cinq bonnes minutes sur le système de caméra vieux de 20 ans, on se rend compte combien le jeu vidéo moderne a pu évoluer, en profitant paradoxalement de l'avant-gardisme du titre... Véritable précurseur en son temps, Shenmue se targuait d'inaugurer la technologie "FREE" (qui veut dire "Full reactive eyes entertainment", preuve qu'on aimait bien les acronymes bidons à l'époque...). Plus humblement, cela signifie que le gameplay offre une liberté d'action totale au joueur. Rien n'est obligatoire, les choses importantes sont notées dans un carnet, mais chaque jour s'écoule paisiblement (ou pas) dans la petite ville de montagne japonaise. C'est même chaque minute qui s'écoule avec ses évènements comme une météo aléatoire, l'arrivée des bus, l'ouverture et la fermeture des magasins, et tout un tas d'autres scènes quotidiennes parfaitement rythmées...
Comme dans la vraie vie, rater son bus sera une expérience assez flippante.
Ainsi, le joueur est libre de foncer pour résoudre l'enquête principale et remonter pour péter les dents du gros méchant, ou de trainer dans les bars, jouer aux bornes d'arcades 100% fonctionnelles, ou claquer les thunes durement gagnées par la mère de Ryo dans des gashapons aussi inutiles qu'indispensables. La ville modélisée avec des moyens impressionants pour l'époque respire de vie. Chaque habitant a sa petite routine et on prend plaisir à dire bonjour et connaitre les petits commerçant du coin, contrairement à un Yakuza ou l'environnement se veut certes réaliste, mais finalement aseptisée et très "anonyme". Lors des séquences clés, des happenings vont avoir lieu, pour dérouler l'excellent scénario, et laisser l'occasion au joueur de s'exprimer au travers de QTE ou bien lors de combats (avec des mouvements de karaté qui n'ont pas pris une ride). Shenmue a posé les bases en 1999, et aujourd'hui on se rend compte avec plaisir combien ces inventions sont toujours aussi efficaces aujourd'hui !

Conclusion


La ville de nuit possède un charme fou, malgré des textures aujourd'hui démodées.

Shenmue est une oeuvre mythique qui est difficile à dénigrer. Néanmoins, il s'agit d'un jeu qui a forcément vieilli, et son portage PS4 n'offrira aucune fioriture. Il faudra donc supporter des sons avec du souffle, des textures bien pixelisées, et surtout un système de caméra archaïque. Une fois la pilule avalée, dérouler l'aventure aux commandes de Ryo fut l'un des plus grand bonheur de ma carrière de joueur. Que ce soit la petite ville de montagne japonaise, ou les immeubles bétonnés de Hong-Kong, Shenmue m'a régalé de découvertes en découvertes. Rares sont les titres permettant une telle immersion au coeur de cette ambiance asiatique des années 80. Comparé à un épisode de la série Yakuza, il se révèle plus cinématographique. Son scénario et la liberté d'action prennent une place plus importantes que les scènes de combat (somme toute peu nombreuses). Quant à la direction artistique et la bande son, celles ci sont tout simplement parfaites. Le petit bonus : Shenmue est parfaitement jouable avec la fonction de remote play de la Vita. Ce jeu n'est peut-être pas à mettre entre toutes les mains, celui qui arrivera à accepter le design de la génération 128bits aura l'occasion de vivre  une  deux aventures vraiment uniques... en attendant Shenmue III !

Les points forts :

- Un scénario et une ambiance mythique
- Des textures colorées comme on n'en fait plus
- Voix anglaises, japonaises et sous titres Fr inclus
- Un gameplay solide comme des abdos de karatéka
- Parfaitement jouable sur Vita

Les points faibles :

- Un portage sans fioritures

Note finale :



3 commentaires:

  1. Très sympa ce test. J'ai pas eu la chance d'y jouer sur la console d'origine. Mais je sais qu'il fait parti des monuments du jeux vidéo. Il fera parti des prochains jeux a acheter pour ma part

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  2. Je garde tellement de bons souvenirs de ces deux jeux... <3

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